Douelle, le port du vignoble (suite 4)

La tonnelerie

Lié à l’activité fluviale et au commerce du vin, Douelle a tout naturellement abrité une corporation de tonneliers très active. On compte 20 tonneliers en 1814 et jusqu’à 42 en 1831. Un manuscrit, daté du 21 Août 1864, atteste ainsi que le Sieur Louis Bès, tonnelier, vend au Sieur Nilamon Raynal 12 barriques neuves en bois de chêne au prix de 12,25 F chacune. Autre source, le livre de comptes d’Augustin Raynal, tonnelier dans les années 1880 à Mader, commune de Douelle, dont un extrait est présenté ci-après:

Une invention gauloise :

Le tonneau

Il est mis au point par le génie des celtes, et a supplanté progressivement l’amphore romaine trop fragile. Pline décrit déjà la tonnellerie telle que nous la connaissons aujourd’hui comme: « un assemblage de doue Iles maintenues par des cercles ».

Un matériau irremplaçable :

Le bois

Les régions boisées (notamment le Rouergue, d’après l’Abbé Massabie) fournissent le bois de merrain indispensable aux tonneliers douellais. Le merrain est le cœur du chêne, détaillé en planchettes longues et étroites, les doueIles.

De la qualité du bois à grain fin ou épais, du terroir où l’arbre a poussé, du climat qui l’a fait grandir, du séchage à l’air libre des merrains, du brûlage à la vapeur ou la flamme nue des douelles, va dépendre la qualité du tonneau.

Le merrain qui se vend par 1 000 est fourni par les merrandiers, hommes de la forêt dont le métier est de débiter des billots de bois vert jusqu’à obtenir des planches épaisses à la longueur des tonneaux à venir: les merrains. 1 000 merrains sont nécessaires pour construire entre 50 et 60 barriques.

Le bois a été et demeure encore aujourd’hui le meilleur logement pour le vieillissement du vin. Le bois est un matériau vivant qui respire et échange avec son contenu: le vin.

Le chêne rouvre et le chêne pédonculé donnent le bois le plus souple et le plus imperméable, c’est aussi celui dont le vin tire les meilleurs parfums.

Des utilisations multiples

L’activité du tonnelier est fort diversifiée. Il fabrique majoritairement des tonneaux, qui sont utilisés pour transporter le vin, mais aussi les grains, les farines, les poissons, les huiles et même la poudre à canon sur les bateaux de guerre. Outre les tonneaux, il réalise également des seaux en bois indispensables pour tirer l’eau du puits, des baquets servant de baignoires ou de lessiveuses, des muids (grandes cuves à vendanges), des bouttes pour le transport à dos de mulet, des poulains (cadres allongés ayant la forme du tonneau pour maintenir les fûts dans la charrette) et enfin des comportes, destinées à recevoir du raisin, du maïs, voire de l’eau (d’après un article de M. Escaffre, paru dans le n° 14 de Quercy à Paris).

Les étapes de la fabrication d’un tonneau

Pour fabriquer un tonneau, on commence par préparer les douelles.

~ A califourchon sur son banc ou sa selle à tailler (ou xolobet), la doloire appuyée sur sa cuisse, le doleur transforme les merrains en douelles. La doloire donne les courbes insensibles qui permettent de les assembler aux deux extrémités du tonneau.

~ Les planes servent ensuite à donner une forme aux douelles. Il existe des planes droites et des planes creuses ou courbes, dont la courbure est d’autant plus grande que le tonneau que l’on veut construire est plus petit. La plane à queue sert à unifier les joints intérieurs d’un fût.

~ La colombe à deux fers est utilisée pour amincir les joints de chaque douelle, afin d’anticiper la forme future du fût.

~ Les douelles sont assemblées dans un cercle de montage. C’est au maillet que se cale la dernière douelle. Refermée dans sa moitié supérieure, la barrique est encore ouverte sur sa base, et c’est cette base qu’il importe de cercler à son tour.

~ Après avoir mouillé le fût à l’extérieur, le tonnelier chauffe au feu des braseros les douelles humides qui gonflent et s’assouplissent.

~ A l’aide du bâtissoire, il resserre l’extrémité des douelles avec un câble qu’il visse au plus serré. Le tonneau prend enfin sa forme.

~ Le cercle ur ajuste ensuite les cercles en bois de châtaignier bien parallèles, à coups de maillet.

~ Avec son herminette, le tonnelier va entamer le bois pour constituer, à l’intérieur de la coque de la futaille, une gorge concave où se creuse le jable, et à l’extrémité des douelles, un chanfrein. Puis il rabote. Le jabloir va servir à former à l’intérieur des tonneaux la rainure circulaire, le jable.

~ Reste à constituer les fonds de barrique. Un des compagnons assemble les planches avec des joints de roseau. Sur ce carré, il trace avec un compas un cercle au diamètre du fond, qu’il découpe ensuite. Le premier fond se cale facilement dans les bords biseautés du tonneau. La pose du second à l’aide d’un tire-fond ou chien est plus délicate.

~ Le tonneau est presque prêt. Pour vérifier son étanchéité, on remplit d’eau et on le roule en tout sens. Vient le moment de percer, grâce à la bondonnière, la bonde par où le vin sera versé. On peut retirer la bonde avec un tire-bonde pour placer un robinet.

~ Les vignerons, avant d’embarquer leurs barriques pour Bordeaux, viennent les marquer à leur nom pour en faciliter le retour. Chacun d’eux a un fer, qu’il porte au rouge à l’échoppe du forgeron, souvent installée à côté du tonnelier. On compte pas moins de 9 forgerons à Douelle en 1832.

La disparition d’un métier

L’activité fluviale et la « folie de la vigne» ont favorisé la prospérité du métier de tonnelier à Douelle durant une grande partie du XIXèrrie siècle. Le déclin de cette corporation s’amorce dés la fin du siècle dernier pour s’accélérer durant le premier tiers du XXème siècle.

Malgré l’absence de documents pour expliquer cette régression, il ne fait nul doute que le coup d’arrêt porté à la culture de la vigne par le Phylloxéra, l’abandon de la voie fluviale au profit du chemin de fer, la saignée démographique de la guerre de 1914-1918 ont conjugué leurs effets pour aboutir à la disparition progressive de ce corps de métier à Douelle.

Jean Fourastié, dans son ouvrage Les trente glorieuses, recense en 1946 à Douelle 279 actifs, dont 27 artisans. Il ne reste alors plus qu’un seul tonnelier.

(crédit Nicole Prioux-Raynal) avec l'aide de la Bibliothèque Municipale de Douelle
 et la Bibliothèque Départementale de Prêt de Cahors
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