Douelle, le port du vignoble

Douelle, le port du vignoble

Un pays de bateliers et de tonneliers

L’histoire de Douelle se mêle depuis toujours à celle de la navigation sur le Lot. Ce port fut dès le Moyen-Age l’un des plus importants entre Cahors et Fumel.
Réputé pour la qualité de ses bateliers, Douelle le fut également pour la qualité de ses tonneliers. Selon l’abbé Massabie, curé de Douelle, la commune tirerait son nom des « douelles» de barrique que l’on y fabriquait.

 

 

 (Carte postale de J.L. Rousselle)

 

 Laissons lui la parole pour nous la présenter :

« Douelle est un village de douze cents habitants, assis sur la rive gauche du Lot, à onze kilomètres au-dessous de Cahors. Il occupe dans la vallée un espace triangulaire étroit, circonscrit par la rivière au nord et par les montagnes de la Cévenne et de Mader des deux autres côtés, au débouché d’une gorge, venant du midi, par laquelle arrivent au Lot les eaux des coteaux de Flottes, Rassiels, Trespoux, Le Bournaguet et Cournou.

Par cette même gorge, les habitants des montagnes trouvèrent de tout temps un accès facile à _ la rivière. Ils descendaient chargés de leur vins et de leurs céréales que recevaient les patrons de bateaux pour des destinations diverses et ils remontaient, emportant le sable, le bois et autres marchandises arrivées par l’eau.

La nature des lieux démontre donc en ce point l’existence d’un village qui dut être fondé le jour que les premiers colons s’établirent dans ces gorges pour défricher le sol.

Son nom vient sous doute de ce que, dès le commencement, les vignerons trouvèrent là un dépôt de merrain ou de douelles descendues des montagnes du Rouergue, comme on le voit encore devant l’auberge de Sers Cabanel de la Cévenne, connue et aimée depuis des siècles de tous les matelots, depuis la Montagne jusqu’à Bordeaux.

Ce village cerné de hautes montagnes et privé de routes au commencement, se trouva en face de la rivière et dut s’employer activement à la navigation et au commerce»

(Texte paru en 1880 dans le Bulletin de la Société des Études du Lot, tome VI, pp. 195-200). 

Au fil de l’eau : La batellerie

Une riviere : Le Lot

Le Lot et sa vallée en amont et en aval de Cahors (in Le lot)

  Le Lot, une rivière difficile, un « chemin qui marche »

 De sa source, à quelque 1200 m. d’altitude, le Lot met 481 km. à rejoindre la confluence de la Garonne à Aiguillon. Dans le Lot, il parcourt 165 km. Torrent jusqu’à Entraygues, il garde encore à Capdenac une pente de 0,94 m. difficilement

, navigable. De Capdenac à Cahors, la vallée est encaissée dans les calcaires. A partir de Cahors, elle prend des dimensions plus amples avec la multiplication des boucles et des méandres. La pente est alors de 0,66 m. par kilomètre.

Ce profil mouvementé est accompagné de forts contrastes dans les profondeurs (bancs de graviers et de sable, hauts fonds, bandes rocheuses).

 Il est accentué par les différences de débit et de régime: faible en été et au début de l’automne, le débit est fort à la fin de l’automne et durant l’hiver, s’accompagnant de crues importantes qui affectent tous les aménagements de la rivière (chaussées éventrées, écluses comblées, chemins de halage effacés, pertes causées à la flotte du Lot).

Malgré ses excès et sa violence, l’homme a tenté à toutes les époques de le dompter pour en faire une voie navigable de premier plan, un «chemin qui marche», jouant un rôle capital dans les transports de masse. La rivière a été ainsi un véritable couloir économique, un véritable couloir de civilisation.

Les étapes principales de la navigation sur le Lot

Au XIIIème et XIème siècles: En 1283, 1304 et 1367, sont effectués des dérochements au niveau des resserrements périlleux et créées des chaussées à «pierre perdue ». C’est l’époque des grands marchands, du trafic avec l’Angleterre et les pays du Nord, de l’expédition des produits nobles tels que la toile, le vin et le blé.

Sous Colbert, de 1644 à 1672 : Colbert veut faire du Lot un axe économique important et lance la construction de digues et d’écluses à la mode de Hollande (pas de portes mais des poutres), payées par des levées exceptionnelles d’impôts. Ces aménagements ont été rapidement endommagés par les crues de la fin du XVIIème et du début du XVIIIème siècles.

 

Courrier adressé par les Maîtres de Bateaux de la rivière Lot à Mgr de Lescalopié,
 Intendant de Quercy, pour lui signaler la dangerosité du passelis de la Crose.
 (4 janvier 1742 - Archives Départementales C 399, in sur le Lot au temps de la navigation)

Passage d'un passelis (dessin de J. Lavedan, in Des rives en pays d'Olt) 

  Sous la Monarchie de Juillet (1830 – 1848) : Age d’or de la navigation sur le Lot

 Avec le développement du foyer métallurgique de Decazeville au XIXème siècle, un nouveau programme d’aménagement de la rivière est entrepris sous la direction de l’ingénieur Pelligrini. On espère alors constituer entre Bouquiès, port d’embarquement des charbons et des fers, et Aiguillon, situé au confluent, un parcours irréprochable susceptible d’assurer un trafic de 320 000 tonnes par an. Est alors lancée la construction de 74 ouvrages, dont 45 barrages à écluses et 29 dérivations et écluses en remplacement des pertuis de chaussées et des écluses primitives.

(in Sur le lot au temps de la navigation)

Les travaux de 1835 à 1858 permettent à la navigation de passer de 75 jours à 132 jours par an en pleine charge, soit environ 8 mois dans l’année, le trafic s’interrompant généralement du 15 juin au 30 septembre.

Le fret maximum est atteint en 1858 avec 270000 tonnes dans l’année.

« Exceptionnellement à Douelle, et comme le plan d’ensemble des écluses (représenté ci-après) permet de le constater, nous avons trace de ces trois grandes périodes d’aménagement», nous précise Anne-Marie Soulayrès, qui distingue:

  1. Les aménagements médiévaux et passelis ;
  2. L’écluse construite en 1672 sous Colbert et réaménagée au XIXème siècle;
  3. L’écluse du XIXème siècle (1841 – 1845), dont la chaussée a noyé la partie supérieure de la retenue médiévale, mais que l’on peut encore deviner en étiage.
C'est cette dernière réalisation, baptisée "Ecluse de Cessac", qui est représentée ici.
(Cartes postales de J.L. Rousselle)

Déclin de la navigation: Dès 1863, l’ouverture successive de lignes ferroviaires commence à affaiblir le trafic sur le Lot. La construction de la ligne de chemin de fer Cahors – Libos (1869 – 1870) va entraîner le déclin de la batellerie, en prenant en charge l’essentiel des expéditions de charbon, de vin et de céréales. Les travaux d’aménagement du Lot sont stoppés en 1879.

Puy-l’Évêque (Lot), début du XXème siècle
 Vainqueur insolent de la navigation, le chemin de fer passe sans cesse d'une rive à l'autre,
 non loin d'une écluse désormais inutile, sur une rivière sans trafic (in Le Lot)

1920 verra le passage de la dernière gabarre. Le Lot est déclassé le 28 décembre 1926 sous la présidence de Raymond Poincaré.

(A.D. 89 S, in Sur le Lot au temps de la navigation)

Réouverture du Lot :

Ce n’est que le 21 septembre 1987 que le Conseil Général du Lot prend la décision officielle de la réhabilitation du Lot (navigation sur 65 km, restauration de 14 écluses). En 1989, la restauration et l’équipement de l’écluse de Douelle sont terminés.

Douelle aujourd'hui

30 juin 1990: Inauguration à Cahors du circuit navigable. La « Blue-Line», (aujourd’hui « Le Boat »), installe une flotte de 15 bateaux. Les clients peuvent naviguer 12 km en aval et 53 km en amont de Douelle, et franchir 14 écluses manuelles.

(crédit Nicole Prioux-Raynal) avec l'aide de la Bibliothèque Municipale de Douelle
 et la Bibliothèque Départementale de Prêt de Cahors

A suivre … (suite 1)

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